En matière de droit de la construction et de responsabilité des constructeurs, la réglementation a peu à peu été établie au cours des XIXe et XXe siècle.

Charge de la preuve : les constructeurs devant leurs responsabilités
Par exemple, concernant la fameuse responsabilité décennale, principale garantie légale de protection des nouvelles constructions en France, les premiers articles de loi sont apparus dans le code napoléonien de 1804.
Ensuite, comme l’indique François Ausseur dans la revue Qualité Construction, diverses décisions de justice ont permis d’affiner le principe de responsabilité des constructeurs, notamment sur la charge de la preuve : appartenait-il au propriétaire de l’ouvrage de prouver que les dommages de nature décennale étaient imputables au constructeur ou au constructeur d’établir qu’il n’avait pas commis de faute ?
La jurisprudence de l’époque a alors rapidement considéré que la période de garantie décennale constituait un temps d’épreuve. C’est à dire que si les dommages survenaient durant cette période, la vétusté ne pouvait pas être mise en cause. Il y avait donc nécessairement présomption de vice de construction, et c’était au constructeur de prouver que ces dommages n’étaient pas de son fait (afin de s’exonérer de sa responsabilité).
L’assurance au secours des constructeurs et des victimes
Ces articles du Code civil concernant la responsabilité décennale, et notamment l’article fondateur 1792, ont été modifiés une première fois par la loi n° 67-3 du 3 janvier 1967 relative aux ventes d’immeubles à construire et à l’obligation de garantie à raison des vices de construction, puis une seconde fois par la loi n° 78-12 du 4 janvier 1978 relative à la responsabilité et à l’assurance dans le domaine de la construction.
Cette dernière loi, connue sous le nom de loi Spinetta (du nom d’Adrien Spinetta, ingénieur et président de la commission interministérielle à l’origine de la loi), a posé deux principes fondamentaux pour sécuriser l’indemnisation des victimes de sinistres liés à la construction : l’obligation d’assurance du constructeur pour sa responsabilité décennale, ainsi que l’obligation d’assurance dommages-ouvrage pour le propriétaire de l’ouvrage à construire. Cette double obligation d’assurance était censée garantir une indemnisation plus rapide et plus juste de la victime, en faisant reposer une partie des recours sur les sociétés d’assurance.
Une jurisprudence constamment en évolution
Mais la construction est un domaine particulièrement complexe à appréhender, et les différences de circonstances, de risques et d’intervenants sont sans commune mesure avec le domaine des véhicules terrestres à moteur (pour comparer avec l’une des autres assurances de responsabilité obligatoire en France).
Le nombre de cas particuliers a obligé la jurisprudence depuis 1978 à constamment évoluer pour décider des sinistres à prendre en charge par les assureurs en décennale (voir notamment l’arrêt n° 897 du 14 septembre 2017 sur les sinistres touchant des éléments d’équipement dissociables et entraînant l’impropriété à destination de l’ouvrage entier). Et les assureurs n’ont de cesse de tenter de limiter leurs garanties en obligeant les entrepreneurs à déclarer avec précision (et sans oubli !) leurs activités, mais également leurs procédés techniques et modalités d’exécution (voir l’arrêt n° 961 du 8 novembre 2018 sur les procédés techniques).
Contrôler systématiquement l’assurance du constructeur
Pour le client final, propriétaire d’un ouvrage qu’il a fait construire, la découverte de la validité du contrat d’assurance souscrit par son entrepreneur n’a en général lieu qu’au moment d’un sinistre. Et les conséquences de l’absence d’un tel contrat d’assurance de responsabilité décennale peuvent être particulièrement préjudiciables ! C’est pourquoi il est expressément conseillé de ne jamais faire confiance à l’entrepreneur et de lui demander systématiquement son attestation d’assurance avant le début du chantier, quitte à contacter par la suite son assureur pour obtenir plus de précisions.
Au final, il est important de ne pas confondre « garantie décennale » et « assurance décennale » : la première est de toute façon légalement due par le constructeur au propriétaire, mais la deuxième peut grandement faciliter l’indemnisation de la victime (en plus de la souscription d’une assurance dommages-ouvrage).